Nous étions toutes embastillées depuis de longs jours déjà. L'une pour ses lettres de noblesse, une autre pour ses séjours passés dans des hôtels de luxe et une troisième encore pour son tissu trop fin. Nous avions été triées, répertoriées, classées avec le ménagement surprenant peut être dû à notre rang;
Nous attendions ainsi dignement, comme on nous l'avait enseigné depuis notre naissance,dans nos atours empesés.

Nous qui étions habitués à la lumière et à la joie des fêtes dormions dans le silence d'une sombre cellule tapissée de chanvre. Seule la lumière d'une lanterne parvenait jusqu'à nous.
Puis nous l'avons entendu s'approcher, il écarta les pans de tissu.
Aveuglées nous le vîmes cependant, l'arme à la main.
Nous fûmes extirpées, jaugées, les plus agées écartées et quelques unes parmi les plus belles emportées et délivrées de leurs liens.

Enfermées dans une cuve d'acier nous fûmes malmenées dans une première eau qui nous débarrassa de tout apprêt puis un autre bain cette fois salé et coloré nous fut infligé.

Quand finalement nous sortîmes froissées, chiffonnées, trempées, ahuries de ce traitement nous retrouvâmes la lumière du jour.
Etendues au soleil auprès de consoeurs qui avaient subi le même sort nous attendions inquiètes.
quelques temps plus tard après avoir tiré un trait sur ces outrages passés nous avons retrouvé notre rang et notre dignité. Nous avions été parées pour certaines de bleu porcelaine et pour d'autres de rose pâle, violet ou brun foncé.
La proportion de poudre colorée avait été ajustée à notre poids et à nos proportions afin de ne tomber dans aucune vulgarité même si certaines un peu plus clinquantes jouaient les gourgandines.
la joie des fêtes fut de retour ainsi que le plaisir d'estomper une larme de vin égarée à la commissure des lêvres..et entre nous chez ce banc moussu....ce n'est pas le travail qui manque!


A bientôt.
Christian.



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